Skip to main content

Retraite progressive : conditions, avantages et démarches

 

La retraite progressive permet, dès 60 ans et avec 150 trimestres, de réduire son activité à 40 à 80 % d’un temps plein tout en percevant une fraction de sa retraite. Depuis le 1er septembre 2025, l’âge d’accès est fixé à 60 ans pour tous les régimes, sans lien avec l’âge légal de départ.

Ce dispositif, longtemps méconnu, change de dimension avec l’allongement des carrières : il devient l’un des rares outils qui permettent de lever le pied avant l’âge légal sans renoncer à ses droits futurs. Les actifs déjà à temps partiel y trouvent un avantage immédiat.

Principe de la retraite progressive

Vous continuez à travailler à temps partiel et vous percevez, en complément du salaire, une part de vos pensions de base et complémentaires. Cette part correspond à ce que vous ne travaillez plus : à 60 % d’activité, vous touchez 40 % de votre retraite.

Pendant toute la période, vous continuez à cotiser et à acquérir des trimestres et des points. Au moment du départ définitif, la pension est recalculée avec l’ensemble des droits, y compris ceux acquis durant la retraite progressive. La fraction versée n’est donc pas figée : c’est une avance sur une pension qui continue de croître.

Régimes concernés par la retraite progressive

Depuis les réformes de 2023 et le décret du 15 juillet 2025, le dispositif couvre la quasi-totalité des actifs :

  • salariés du privé, y compris en forfait jours (entre 87 et 174 jours sur une base de 218) et mandataires sociaux assimilés salariés ;
  • travailleurs indépendants : artisans, commerçants, industriels ;
  • exploitants agricoles ;
  • professions libérales relevant de la CNAVPL, dont les médecins libéraux (CARMF), et avocats (CNBF) ;
  • fonctionnaires et agents contractuels, ouverts depuis septembre 2023 et à 60 ans depuis septembre 2025, sur les quotités de temps partiel de la fonction publique (50 à 90 %).

Les mandataires sociaux relèvent des règles applicables aux indépendants : revenu de l’avant-dernière année au moins égal à 40 % du SMIC, et réduction d’activité mesurée sur les revenus, non sur un temps de travail.

Conditions pour bénéficier de la retraite progressive

3 conditions cumulatives, communes à tous les régimes, la troisième s’appréciant différemment selon le statut :

  1. Avoir 60 ans. C’est la règle depuis le 1er septembre 2025 (décret n° 2025-681). Auparavant, il fallait être à deux ans de son âge légal, soit 62 ans pour les dernières générations. Ce seuil de 60 ans est fixe : il ne bouge pas avec votre année de naissance ni avec la suspension du calendrier de la réforme votée fin 2025.
  2. Justifier de 150 trimestres d’assurance, tous régimes de base confondus. Comptent les trimestres cotisés, assimilés (chômage indemnisé, maladie, maternité) et majorés (enfants). Les périodes de TUC validées récemment et les trimestres rachetés entrent dans le décompte.
  3. Exercer une activité réduite : entre 40 % et 80 % d’un temps plein pour les salariés ; temps partiel de 50 à 90 % pour les agents publics ; pour les indépendants et mandataires sociaux, des revenus réduits de 20 % à 60 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, ce qui revient à conserver entre 40 % et 80 % de son activité.

Le détail des règles de calcul des trimestres du régime général aide à vérifier le seuil de 150 avant de déposer une demande.

Conditions spécifiques aux salariés

La demande se fait en deux temps.

Auprès de l’employeur. Courrier recommandé avec accusé de réception, au moins deux mois avant la date souhaitée, précisant la durée de travail envisagée (entre 40 % et 80 %). L’employeur a deux mois pour répondre. Depuis septembre 2023, il ne peut refuser que si la durée demandée est incompatible avec l’activité économique de l’entreprise, et il doit motiver ce refus par écrit. Son silence vaut acceptation.

Auprès de la caisse de retraite. Cinq mois avant la date d’effet souhaitée, via le service « Demander ma retraite progressive » de votre espace personnel Assurance retraite ou par formulaire papier. Une seule demande vaut pour tous les régimes, de base et complémentaires. Pièces à joindre :

  • le contrat de travail à temps partiel en cours ou prenant effet à la date de la demande ;
  • une déclaration sur l’honneur attestant l’absence d’autre activité professionnelle ;
  • l’attestation de l’employeur mentionnant la durée de travail applicable dans l’entreprise ;
  • les bulletins de salaire des douze derniers mois.

Plusieurs temps partiels chez des employeurs différents sont admis, à condition que leur cumul reste dans le corridor 40 à 80 %.

Une option mérite d’être négociée dès la demande : cotiser sur une base temps plein. L’employeur doit l’accepter, et il prend en charge sa part de cotisations sur le salaire reconstitué. C’est ce qui neutralise l’effet du temps partiel sur la retraite complémentaire.

Conséquences sur la retraite définitive

Retraite de base. Peu d’impact si vos 25 meilleures années sont déjà validées : les années à temps partiel, moins bien rémunérées, ne remplacent pas les meilleures.

Retraite complémentaire Agirc-Arrco. C’est là que se joue l’essentiel. Sans cotisation sur base temps plein, les points acquis pendant la période diminuent proportionnellement au salaire. Sur trois ou quatre ans, la différence sur la pension définitive n’est pas anecdotique ; le simulateur retraite progressive permet de la chiffrer.

Tranche C acquise avant 2016. Ces droits peuvent être liquidés au moment de la retraite progressive, avec un coefficient de minoration d’autant plus élevé que vous êtes jeune, et définitif. Faute de les liquider à ce moment, ils ne le seront qu’à 67 ans. Le mécanisme de minoration mérite un arbitrage chiffré avant de signer.

Suspension ou suppression : deux situations à ne pas confondre. Si votre quotité sort temporairement du corridor 40 à 80 %, la retraite progressive est suspendue et reprend dès que les conditions sont de nouveau remplies. Si vous reprenez un temps complet, ou si, selon l’Assurance retraite, vos revenus d’activité atteignent ou dépassent la moyenne revalorisée de vos cinq années antérieures, elle est supprimée à compter du premier jour du mois suivant, définitivement.

Spécificités des travailleurs indépendants

Les indépendants sont ceux qui posent le plus de questions sur ce dispositif, et pour cause : les règles diffèrent sur quatre points, détaillés sur la page dédiée de l’Assurance retraite.

  • Condition de revenus. Le revenu professionnel de l’avant-dernière année civile (l’année N-2 par rapport à la demande) doit atteindre au moins 40 % du SMIC brut annuel, et l’activité doit être exercée à titre exclusif.
  • Mesure de la réduction. Faute de temps de travail mesurable, la caisse compare les revenus de l’année à la moyenne revalorisée des cinq années précédant la demande. La baisse doit être comprise entre 20 % et 60 %. En dessous de 20 %, les pensions versées sont à rembourser.
  • Calendrier. La retraite progressive débute obligatoirement le 1er janvier de l’année qui suit le dépôt de la demande ; les caisses conseillent de déposer le dossier quatre à six mois avant.
  • Montant et régularisation. Pendant les dix-huit premiers mois, la caisse verse à titre provisoire 50 % de la retraite complète, faute de revenus de référence. À partir de la deuxième année, le montant est réajusté chaque 1er juillet sur les revenus réels, à condition d’avoir transmis ses justificatifs fiscaux avant cette date.

Pièces à fournir : déclaration sur l’honneur d’activité unique, justificatif du caractère exclusif de l’activité, déclarations fiscales des cinq dernières années.

Pour un artisan ou un commerçant dont les revenus fluctuent, l’enjeu est de piloter la trajectoire de revenus sur deux ans pour rester dans la fourchette, sans rappel ni trop-perçu à la régularisation.

Avantages et inconvénients

Ce que le dispositif apporte. Une transition en douceur vers la retraite ; le maintien des cotisations, donc de l’acquisition de droits ; la possibilité de surcotiser pour protéger la complémentaire ; un revenu global supérieur à celui d’un temps partiel seul ; et, pour l’entreprise, une transmission progressive des compétences.

Ce qu’il faut accepter. Un revenu total inférieur au temps plein ; une complémentaire potentiellement érodée si l’employeur refuse la surcotisation ; une fraction de pension calculée avec décote si vous n’avez pas encore le taux plein, même si le recalcul final la corrige en partie ; et, pour les indépendants, une année de décalage entre revenus réels et pension versée.

Avant de trancher entre retraite progressive, cumul emploi-retraite après liquidation, ou poursuite à temps plein jusqu’au taux plein, un bilan retraite met les trois scénarios côte à côte, avec vos chiffres.

Combien de temps dure la retraite progressive, et comment en sortir ?

Il n’existe ni durée maximale ni âge limite. La retraite progressive se poursuit tant que les conditions sont réunies, jusqu’à ce que vous demandiez votre retraite définitive. Si votre quotité de travail change, la fraction de pension est révisée à la date anniversaire du point de départ.

Le passage à la retraite définitive n’est pas automatique : il faut déposer une nouvelle demande, environ cinq mois avant la date choisie, comme pour toute liquidation de retraite. La pension est alors recalculée avec tous les droits acquis, y compris pendant la période progressive, et la caisse retient le montant le plus élevé entre l’ancien et le nouveau calcul. Le taux est réexaminé : si vous avez atteint entre-temps le nombre de trimestres requis, la décote initiale disparaît ; si vous l’aviez déjà, chaque trimestre cotisé en plus après l’âge légal, ouvre droit à la surcote de 1,25 %.

Pour une étude personnalisée de votre situation et le chiffrage des options, contactez les équipes d’Accès Retraite.

Questions fréquentes

Je suis déjà à temps partiel : puis-je demander la retraite progressive ?

Oui, et c’est même le cas le plus favorable. La condition porte sur la quotité au moment de la demande, pas sur une réduction à opérer : si votre temps partiel se situe déjà entre 40 % et 80 %, vous n’avez rien à changer à votre contrat, seulement à obtenir l’attestation de l’employeur et à déposer la demande à la caisse.

Que se passe-t-il si je reprends un temps plein ?

La retraite progressive est supprimée, et définitivement : elle ne peut pas être demandée une seconde fois. Les droits acquis pendant la période sont conservés et intégrés au calcul de la retraite définitive. Avant d’accepter un retour à temps plein, mesurez ce que vous perdez.

Ma pension progressive est-elle calculée avec une décote ?

Oui, si vous n’avez pas encore le taux plein au moment de la demande : la fraction versée reflète vos droits à cette date, décote comprise. Elle n’est pas définitive. À la liquidation finale, le taux est recalculé avec les trimestres acquis depuis, ce qui réduit ou supprime la décote.

Puis-je exercer une autre activité en parallèle ?

Non, hors cumul de plusieurs temps partiels salariés dont le total reste dans le corridor 40 à 80 %. Toute autre activité, y compris indépendante, entraîne la suspension de la retraite progressive. Les indépendants doivent justifier d’une activité exclusive.

Les questions générales sur l’âge légal, le taux plein et le calcul de la pension sont traitées dans la FAQ retraite.